mardi 16 juin 2015

Raury, enfant du 21 ème siècle


Un gamin à part dans l'horizon, Raury a clairement le vent en poupe en 2015. Un an après la sortie de son premier album, l'Indigo Child est de retour avec un nouveau single, Devil's Whisper, préparant le terrain à la sortie d'un second album à seulement 20 ans. Un style inqualifiable et hybride qu'il peaufine depuis son plus jeune âge, il écrit sa première chanson à trois ans, apprend la guitare en autodidacte à onze ans, monte lui même ses productions depuis ses quinze piges et finit par chauffer les salles en première partie de Kid Cudi et d'Outkast à travers les USA quand toi, minot, tu passes ton bac ES à Limoges.
Les études, Raury s'en fout mais a soif d'apprendre des autres. Ses interviews avec les journalistes se transforment en questions croisées, ses fans en apprennent autant sur lui que lui en apprend sur eux, tout est bon pour nourrir sa culture musicale.
Le gamin touche au rap, fan inconditionnel de... Kid Cudi, Outkast (tiens donc), place tout types de guitares (gros fan des Red Hot et de Bloc Party) pour accompagner sa voix sublime, un gout des voix puissante qui vient de Beyoncé et Celine Dion, entre autres, ainsi qu'un goût prononcé pour le gospel. Les sons de Raury font l'image d'une Amérique mythique, passée, communautaire, religieuse, un patchwork où tribus ancestrales, jeunesse heureuse et insouciante, chevaux et chemise à carreau s'entremêlent à la perfection.

Sorte d'enfant sage pleinement conscient de faire partie d'un monde en perpétuel évolution, issu d'une génération ultra-connectée, le jeune natif d'Atlanta garde les pieds sur terre mais rêve en grand. L'intérêt pour lui n'est pas de sortir un EP, puis un autre, ça non. L'opposé de Tyler The Creator s'en fout de la gloire et de l'argent. Vivre dans une cabane dans les bois le branche, du moment qu'il parvient à une chose: fonder un courant important dans la vie des gens, les inspirer comme d'autres l'ont inspiré. 
Comme disait Louis Veuillot, "Vingt ans, c'est l'âge des illusions irréfléchies, des passions fougueuses". Puisse Raury avoir toujours vingt ans.



Les deux versants d'une même pièce:







Raury cantonné à la tristesse de son coeur à vif avec Amor:


mercredi 30 juillet 2014

The Nodz, doucement mais sûrement


Il y a deux ans, on s'était tâté d'écrire un petit article sur ces cinq mecs du Sud de la France qui venaient de réaliser un petit clip et une chanson parfaite pour les vacances intitulée, de façon novatrice, Holidays, un enregistrement honnête et gratuit symbolisant leur début à pas de velours sur la scène pop-indé française. Trop mauvais pour le foot de leur propre aveux, bien meilleurs pour faire de la musique afin de se faire bien voir auprès des filles, The Nodz avançaient tels des gamins musicos surdoués mais fainéants, préférant flâner et prendre du bon temps en buvant des bières dans le sud plutôt que de se lancer à corps perdus dans l'écriture et la production d'un album. Des débuts sans prises de tête, comme leur musique, quelques titres doucement amenés et étonnement enivrants, on plongeait la tête la première dans leur univers sans complexes et lumineux.
Eté 2014, les sudistes de The Nodz récidivent via un coup d'éclat ravageur et merveilleux, une petite pépite de soleil et de fraicheur intitulée Foreign Love agrémentée d'une vidéo NSFW comme disent les beaufs (ceux qui cherchent une façon de dédouaner leur fainéantise par ce terme). Résultat, un son qui se densifie, encore plus rayonnant et positif, une sorte de groupe speedé et cousin de Vacationer en somme.
Avec tout ça, l'album référence pour les vacances, selon eux, c'est Première Consultation de Doc Gynéco. En attendant le leur, assurément.








THE NODZ - GREEN LIGHT par TheNodz

mercredi 28 mai 2014

Lee Fields & The Expression, 2ème.


On vous avait déjà parlé de Lee Fields ici, qui, lorsqu'il se mettait à collaborer avec le Menahan Street Band, faisait des étincelles. La fusion est  une nouvelle fois totale et le résultat sublime sur ce single tout frais du vieux briscard, intitulé "Don't Leave Me This Way", titre sans faux-semblants et qui revient raisonner dans le crâne aussitôt la première écoute passée.
On pourrait déblatérer longtemps sur le paradoxe total et incompréhensible entre son immense talent et sa relative discrétion, pourtant une chose est sûre, Fields porte de toute sa voix l'âme de la Soul, se faisant, comme à son habitude, l'écho des cœurs brisés. 
Entre un riff de guitare qui rappelle fortement le funk de Stretch ("Why did you do", les fans de Guy Ritchie en conviendront) et un autre qui n'est pas sans ressemblance à James Brown en fin de carrière, on peut aisément attendre le 3 Juin prochain pour la sortie de son nouvel opus, Emma Jean.

mercredi 30 avril 2014

Only Real, les vacances avant l'heure.


Ses parents l'ont laissé cultiver son don pour la musique dès son adolescence, sans doute car "ils savaient qu'il n'y avait pas d'autres options", de sa propre confession. La vingtaine passée mais une trogne en laissant paraitre 15, blondinet à moitié rouquin, Only Real, Niall Galvin de son vrai nom, s'est créé un genre bien à lui et n'a de cesse d'être comparé à King Krule outre-manche. Vaguement, on peut comprendre: tous deux des têtes de gamins faussement gentils, tous deux réellement humbles, tous deux créant leur propre univers entre pop, new-wave, electro, mais ayant le rap comme dénominateur commun et comme centre névralgique, tout deux bercés dès leur jeunesse dans la musique, seul moyen réel pour eux de s'exprimer et d'imaginer un avenir, tout deux en échec scolaire. De là m'est venu une image du parfait calvaire d'un prof; les avoir tous les deux au fond d'une classe, King Krule roupillant et façonnant sa blue-wave, Niall Galvin le sourire arrogant gribouillant sur un cahier ce qui allait devenir l'artwork de son premier EP.
Déjà de (très) long mois que le minot se traine le titre Cadillac Girl en concert et depuis quelques semaines, Only Real a décidé de le balancer comme single (et de lancer un clip pas plus tard qu'hier), cadeau de bienvenue du label qui l'a fraichement signé. Également, son premier single Backseat Kissers, exemple parfait du mixage des genres, preuve en est qu'on peut, ou plutôt qu'il peut, rapper avec un débit monstrueux et désarticulé tout en nous laissant se perdre dans les notes de guitare qu'il affectionne particulièrement, single qui fait l'effet d'un bonbon sacrément acidulé. Enfin, un dernier morceau, car on aime bien The Shoes. Alors The Shoes+Only Real, on dit oui sans même l'avoir écouté.
(PS: le mec maintient qu'il dit "she's so bold with me" et non "she's so over me".M'Ouais)







samedi 23 novembre 2013

Colours In The Street



Le marais poitevin regorge de trésors et c'est en tombant sur Colours In The Street que l'attrait culturel de la région m'interpella réellement. A la première écoute, quelque chose de familier... pourtant les quatre jeunes niortais chantent dans la langue de Shakespeare, et très vite on décèle une influence criante de groupes alternatifs anglo-saxons. Certaines de leurs mélodies, notamment certains riffs de guitare (Your Round) accompagnés de la voix d'Alex nous rappelle instinctivement les Irlandais de Two Door Cinéma Club, tandis que d'autres, moins lumineuses mais tout aussi entêtantes, nous renvoient à l'écho chaotique de la voix de Yannis Philippakis des anglais de Foals. On y voit aussi des airs de ressemblance avec Alt-J, mais on préfère y aller doucement avec les superlatifs et les comparaisons. Collaborant ensemble depuis seulement trois petites années, les quatre jeunes compères sont les talents montants de l'année 2013 et ont sorti leur premier EP intitulé "Paper Child", contenant quatre singles et trois remixes, dont un bien glorieux des Naive New Beaters, rien que ça. On en oublierait presque de parler de l'artwork de l'album qui en dit long sur leur musique; une musique saturée de couleurs, profonde. C'est beau, beau comme un doublé de Mamadou Sakho au stade de France, un soir de Novembre.



mardi 30 juillet 2013

Lemâitre - Relativity 3



Arthur Campbell vous avait fait un très bon portrait de Lemâitre il y a quelques temps et il était logique de reparler du duo norvégien puisque ceux-ci sont encore sous le feu des projecteurs (mais si, ça se dit encore!) avec leur nouvel EP. Après Relativity, Relativity², il était logique (ou pas du tout) d'enchainer très vite avec un Relativity 3, promesse d'un Relativity 4, ou bien (enfin) d'un album si l'on en croit la photo postée hier sur leur page Facebook, photo représentant cette forme récurrente sur leurs différents artwork. A l'image de leur musique, cette forme (une cocotte, un oiseau? Déplié, ça ressemble à un homme avec des ailes...) se fait l'écho de Lemâitre. Sobre, tranchant, lumineux et épuré, survolant la scène electro norvégienne (pour commencer).
Le groupe a toujours revendiqué l'influence des Daft Punk (bon, quel musicien faisant de l'électro ne s'est jamais senti inspiré par Daft Punk?), Phoenix et Justice, entre autres. Point commun ? L'influence française, indéniable, qui transparait jusque dans Relativity 3. On ne saurait faire autre chose que s'en féliciter. Néanmoins, il réside un étrange paradoxe, car si Lemâitre ont fait leur trou aux USA, ils demeurent relativement méconnus en France. Triste, tout comme de savoir le duo parti pour une tournée estivale aux côtés de ce que la France a fait de pire en terme de bidon de lessive, à savoir David "One Beat" Guetta, ainsi que du raté de l'électro américain Calvin Harris.
En attendant un album futur, on se satisfera du brillant Relativity 3 EP dont "Cut To Black" et ses notes sensuelles de synthé ainsi que "Iron Pyrite" en sont tirés.
D'une main de maître (on était obligé..).



lundi 22 juillet 2013

Tyler, The Creator


D'aspect, Tyler et sa clique d'Odd Future sont de sales gosses. Pas faux, les mioches se complaisent dans leur insolence avec les journalistes qu'ils méprisent, Tyler The Creator en porte étendard. Bouteilles de champagnes renversées en interview, insultes faites à l'encontre de la presse, caricatural à outrance, le groupe de rappeurs se moquent de tout, et n'ont que des buts simples dans la vie: faire ce qui leur plait, à savoir du son, emmerder le monde et faire du skate. Pourtant, on pourrait s'arrêter là dans la description, mais si l'on met notre cynisme de côté l'espace d'un instant, on peut voir que Tyler The Creator, en plus d'être un faux stupide, est un gamin sacrément pointilleux, loin de la hype réductrice qu'on lui colle la peau.