Inutile de retaper une nouvelle biographie de nos versaillais préférés, tout le monde connait et aime Phoenix. Toutes les filles ont craqué pour If I Ever Feel Better, chaque personne chante lorsqu'elle entend Lisztomania. Chaque single depuis plus de quinze ans est devenu un tube, chaque single est une disquette dans ta tête tantôt douce, tantôt smooth, tantôt dansante et au même titre que les filles qui mettent des robes, les grillades au barbecue ou bien les terrasses des bars qui se remplissent au moindre rayons de soleil, chaque single de Phoenix me rappelle un doux parfum d'été.
J-Boy, premier titre de leur nouvel album Ti Amo, débarque comme les premiers beaux jours. Morceau lumineux, aussi brillant de jour comme de nuit, porte significativement l'ADN de son créateur, groupe de génie capable de nous faire oublier la morosité ambiante le temps d'une chanson.
Putain ça fait un bail, plus d'un an sans contenu. Pourtant il s'en est passé des choses depuis le dernier article, bien sûr musicalement mais aussi dans nos vies. Touchés en plein cœur par des évènements qui nous dépassent. Notre temps d'écoute réduit, accaparé par des hommes dépassés à la recherche d'un pouvoir illusoire. Bien heureusement ces derniers mois Dub Inc, Danakil, Naâman, Volodia, Jahneration, Groundation et bien d'autres ont sortis des albums qui m'ont redonnés espoir et apportés un plein d'ondes positives. Mais, cet article est destiné à un gros de cœur comme on a rarement : Gaël Faye. J'avais déjà vu sa ganache de Stromae malade mais il m'aura fallu un passage dans Quotidien pour vraiment le découvrir. À vrai dire le garçon a déjà quelquesachievements derrière lui : un 1er album (Pili-Pili sur un croissant au beurre)sorti en 2013, Prix du roman FNAC 2016, Nominé au Goncourt et Prix du Goncourt des lycéens (pour Petit Pays). Son histoire personnelle se situe entre le Rwanda, les Yvelines et la City de Londres, mélange peu commun mais vertueux qui donna naissance ce 14 avril 2017 a un petit bijou : Rythmes et botanique. Un EP de 5 titres qui mériterait d'en avoir 500. Le flacon et l'ivresse. Du rap, en mieux. De la poésie, en mieux. Un vent d'insoumission et de métissage nous enveloppe puis nous fracasse. Cet EP est un programme politique, une diarrhée de sentiments à exploiter. Quand tu l'écoutes tu te sens tout petit car par la taille et par le talent le bonhomme t'écrase. Ci-dessous je vous laisse avec Irruption, faites-en ce que vous voulez, de mon côté j'ai un livre et un album à aller commander. À bientôt.
Aux premières écoutes de Tell me I'm pretty des américains de Cage The Elephant, un sentiment d'unité globale se dégage de ce quatrième album. Amputés d'un membre et sous la houlette de Dan Auerbach des Blacks Keys dont la casquette de producteur transparait énormément (surtout dans la piste "Punching Bag"), les rockeurs sont parvenus à clôturer un album sans fausses notes. Après trois albums inégaux ponctués de fulgurances géniales à l'instar de "Shake Me Down", "Cigarette Daydreams" et son incroyable clip ou encore "Telescope", Matthew Schultz et son équipage brassent quatre décennies d'influences du genre et saluent leurs modèles, The Doors notamment, dans cet album somptueux. Arborant une large palette d'émotions, Schultz se plait à nous promener d'une à l'autre, passant d'une session énergique coutumière dans "Mess Around" au spleen d'une tendresse infinie avec "How Are You True". Il chante cette nécessité de reconnaissance toute Warholienne d'une génération dont les membres sont conditionnés par ce besoin d'être constamment rassurés et se fait l'écho, de par sa voix gorgée d'une intensité sans cesse maitrisée, d'une solitude et de problèmes partagés. Et si la prise de conscience de ceci, c'était le début du rapprochement des êtres ?
Un gamin à part dans l'horizon, Raury a clairement le vent en poupe en 2015. Un an après la sortie de son premier album, l'Indigo Child est de retour avec un nouveau single, Devil's Whisper, préparant le terrain à la sortie d'un second album à seulement 20 ans. Un style inqualifiable et hybride qu'il peaufine depuis son plus jeune âge, il écrit sa première chanson à trois ans, apprend la guitare en autodidacte à onze ans, monte lui même ses productions depuis ses quinze piges et finit par chauffer les salles en première partie de Kid Cudi et d'Outkast à travers les USA quand toi, minot, tu passes ton bac ES à Limoges.
Les études, Raury s'en fout mais a soif d'apprendre des autres. Ses interviews avec les journalistes se transforment en questions croisées, ses fans en apprennent autant sur lui que lui en apprend sur eux, tout est bon pour nourrir sa culture musicale.
Le gamin touche au rap, fan inconditionnel de... Kid Cudi, Outkast (tiens donc), place tout types de guitares (gros fan des Red Hot et de Bloc Party) pour accompagner sa voix sublime, un gout des voix puissante qui vient de Beyoncé et Celine Dion, entre autres, ainsi qu'un goût prononcé pour le gospel. Les sons de Raury font l'image d'une Amérique mythique, passée, communautaire, religieuse, un patchwork où tribus ancestrales, jeunesse heureuse et insouciante, chevaux et chemise à carreau s'entremêlent à la perfection.
Sorte d'enfant sage pleinement conscient de faire partie d'un monde en perpétuel évolution, issu d'une génération ultra-connectée, le jeune natif d'Atlanta garde les pieds sur terre mais rêve en grand. L'intérêt pour lui n'est pas de sortir un EP, puis un autre, ça non. L'opposé de Tyler The Creator s'en fout de la gloire et de l'argent. Vivre dans une cabane dans les bois le branche, du moment qu'il parvient à une chose: fonder un courant important dans la vie des gens, les inspirer comme d'autres l'ont inspiré.
Comme disait Louis Veuillot, "Vingt ans, c'est l'âge des illusions irréfléchies, des passions fougueuses". Puisse Raury avoir toujours vingt ans.
Les deux versants d'une même pièce:
Raury cantonné à la tristesse de son coeur à vif avec Amor:
Il y a deux ans, on s'était tâté d'écrire un petit article sur ces cinq mecs du Sud de la France qui venaient de réaliser un petit clip et une chanson parfaite pour les vacances intitulée, de façon novatrice, Holidays, un enregistrement honnête et gratuit symbolisant leur début à pas de velours sur la scène pop-indé française. Trop mauvais pour le foot de leur propre aveux, bien meilleurs pour faire de la musique afin de se faire bien voir auprès des filles, The Nodz avançaient tels des gamins musicos surdoués mais fainéants, préférant flâner et prendre du bon temps en buvant des bières dans le sud plutôt que de se lancer à corps perdus dans l'écriture et la production d'un album. Des débuts sans prises de tête, comme leur musique, quelques titres doucement amenés et étonnement enivrants, on plongeait la tête la première dans leur univers sans complexes et lumineux.
Eté 2014, les sudistes de The Nodz récidivent via un coup d'éclat ravageur et merveilleux, une petite pépite de soleil et de fraicheur intitulée Foreign Love agrémentée d'une vidéo NSFW comme disent les beaufs (ceux qui cherchent une façon de dédouaner leur fainéantise par ce terme). Résultat, un son qui se densifie, encore plus rayonnant et positif, une sorte de groupe speedé et cousin de Vacationer en somme.
Avec tout ça, l'album référence pour les vacances, selon eux, c'est Première Consultation de Doc Gynéco. En attendant le leur, assurément.
On vous avait déjà parlé de Lee Fieldsici, qui, lorsqu'il se mettait à collaborer avec le Menahan Street Band, faisait des étincelles. La fusion est une nouvelle fois totale et le résultat sublime sur ce single tout frais du vieux briscard, intitulé "Don't Leave Me This Way", titre sans faux-semblants et qui revient raisonner dans le crâne aussitôt la première écoute passée.
On pourrait déblatérer longtemps sur le paradoxe total et incompréhensible entre son immense talent et sa relative discrétion, pourtant une chose est sûre, Fields porte de toute sa voix l'âme de la Soul, se faisant, comme à son habitude, l'écho des cœurs brisés.
Entre un riff de guitare qui rappelle fortement le funk de Stretch ("Why did you do", les fans de Guy Ritchie en conviendront) et un autre qui n'est pas sans ressemblance à James Brown en fin de carrière, on peut aisément attendre le 3 Juin prochain pour la sortie de son nouvel opus, Emma Jean.
Ses parents l'ont laissé cultiver son don pour la musique dès son adolescence, sans doute car "ils savaient qu'il n'y avait pas d'autres options", de sa propre confession. La vingtaine passée mais une trogne en laissant paraitre 15, blondinet à
moitié rouquin, Only Real, Niall Galvin de son vrai nom, s'est créé un
genre bien à lui et n'a de cesse d'être comparé à King Krule outre-manche. Vaguement, on peut comprendre: tous deux des têtes de gamins faussement gentils, tous deux réellement humbles, tous deux créant leur propre univers entre pop, new-wave, electro, mais ayant le rap comme dénominateur commun et comme centre névralgique, tout deux bercés dès leur jeunesse dans la musique, seul moyen réel pour eux de s'exprimer et d'imaginer un avenir, tout deux en échec scolaire. De là m'est venu une image du parfait calvaire d'un prof; les avoir tous les deux au fond d'une classe, King Krule roupillant et façonnant sa blue-wave, Niall Galvin le sourire arrogant gribouillant sur un cahier ce qui allait devenir l'artwork de son premier EP.
Déjà de (très) long mois que le minot se traine le titre Cadillac Girl en concert et depuis quelques semaines, Only Real a décidé de le balancer comme single (et de lancer un clip pas plus tard qu'hier), cadeau de bienvenue du label qui l'a fraichement signé. Également, son premier single Backseat Kissers, exemple parfait du mixage des genres, preuve en est qu'on peut, ou plutôt qu'il peut, rapper avec un débit monstrueux et désarticulé tout en nous laissant se perdre dans les notes de guitare qu'il affectionne particulièrement, single qui fait l'effet d'un bonbon sacrément acidulé. Enfin, un dernier morceau, car on aime bien The Shoes. Alors The Shoes+Only Real, on dit oui sans même l'avoir écouté.
(PS: le mec maintient qu'il dit "she's so bold with me" et non "she's so over me".M'Ouais)